Chaque freelance, consultant ou dirigeant indépendant se pose un jour la même question : combien dois‑je facturer par jour ou par heure pour vivre sereinement et assurer la pérennité de mon activité ? La réponse n’est pas magique, elle est mathématique et stratégique. Cet article propose une méthode claire pour passer d’un objectif de salaire net à un TJM (taux journalier moyen) et à un taux horaire, en tenant compte des charges, des frais professionnels, du temps réellement facturable et d’une provision de sécurité.
Principe général
Le principe consiste à partir d’un objectif de revenu net annuel, à ajouter les charges sociales et fiscales prévisibles, les frais de fonctionnement et une marge de sécurité pour les imprévus. Le total constitue le besoin de chiffre d’affaires annuel. Divisez ensuite ce montant par le nombre de jours facturables dans l’année pour obtenir le TJM, puis divisez encore par le nombre d’heures facturables par jour pour obtenir un taux horaire pertinent.
Paramètres à définir
Avant de lancer les calculs, fixez les paramètres suivants :
- Salaire net cible annuel (par exemple 36 000 € pour 3 000 € nets par mois).
- Taux de charges sociales et impôts estimé (en %), selon votre statut.
- Frais de fonctionnement annuels (bureau, matériel, abonnements, assurances).
- Jours facturables annuels : tenez compte des congés, des jours non facturables pour prospection ou administration.
- Heures facturables par jour (une journée productive ne correspond pas à 8h facturables : 6–7 heures est souvent réaliste).
- Provision sécurité (en %) pour couvrir vacances, impayés, formations.
Formule simple
Voici les formules essentielles, faciles à appliquer :
Besoin brut annuel = Salaire net cible annuel × (1 + Taux de charges) + Frais annuels + Provision sécurité
TJM = Besoin brut annuel ÷ Jours facturables annuels
Taux horaire = TJM ÷ Heures facturables par jour
Exemple détaillé et explications
Prenons un objectif de salaire net de 3 000 € par mois, soit 36 000 € par an. Supposons des charges estimées à 40 %, des frais annuels de 4 000 €, une provision sécurité de 10 %, 180 jours facturables et 7 heures facturables par jour. Appliquons les formules et expliquons chaque étape.
| Élément | Montant | Commentaire |
|---|---|---|
| Salaire net cible | 36 000 € | 3 000 € nets par mois |
| Charges (40 %) | 14 400 € | Charges sociales et impôts approximatifs |
| Frais annuels | 4 000 € | Bureautique, assurances, frais fixes |
| Provision sécurité (10 %) | 4 040 € | 10 % appliqué sur le total précédent pour prudence |
| Besoin brut annuel | 58 440 € | Somme de tous les éléments |
| TJM | ~325 € / jour | 58 440 ÷ 180 jours |
| Taux horaire | ~46 € / h | 325 ÷ 7 heures |
Remarques sur l’exemple : la provision de sécurité peut être calculée soit sur le salaire seul, soit sur l’ensemble (salaire + charges + frais). La méthode utilisée ici est volontairement prudente : appliquer la provision sur l’ensemble augmente légèrement le TJM, mais protège mieux contre les aléas.
Impact du statut juridique (repères France)
Votre statut juridique influence fortement le taux de charges et le revenu net final. Voici des repères indicatifs :
| Statut | Taux de charges moyen | Avantage principal |
|---|---|---|
| Micro‑entreprise | ~22 % (pour les prestations) | Simplicité de gestion et cotisations proportionnelles au chiffre d’affaires |
| Portage salarial | ~40–50 % (charges + frais de gestion) | Couverture sociale du salarié, gestion administrative externalisée |
| EURL / SASU / Entreprise individuelle | ~30–50 % selon rémunération et optimisations | Flexibilité d’optimisation fiscale, possible distribution de dividendes |
Conseils pratiques pour fixer et justifier son TJM
- Testez plusieurs scénarios : optimiste (plus de jours facturables), réaliste, pessimiste (moins de facturation). Comparez l’impact sur votre TJM.
- Pensez en valeur : un TJM élevé doit être justifié par une promesse de résultats, une expertise rare ou un gain pour le client.
- Communiquez vos hypothèses lors des négociations : préciser nombre de jours, livrables et modes de facturation évite les malentendus.
- Réévaluez vos tarifs chaque année : inflation, expérience accrue, nouvelle offre ou hausse des charges doivent être répercutées.
- Ne basez pas votre tarif uniquement sur le marché : tenez compte aussi de vos objectifs de vie et de la structure financière souhaitée pour votre entreprise.
Fixer son TJM revient à répondre à trois questions simples : combien voulez‑vous gagner ? Quels sont vos coûts et charges ? Combien de temps pouvez‑vous réellement facturer ? En formaliser les réponses permet de sortir de l’approximation et de proposer un tarif cohérent, défendable et durable. N’oubliez pas que le prix est aussi un outil de positionnement : il reflète votre valeur perçue et attire les clients qui correspondent à votre offre.







